COVID-19 : un ancien conseiller de Fauci plaide coupable d’avoir participé à la dissimulation de documents

Une affaire judiciaire américaine remet sous les projecteurs une question qui n'a jamais complètement disparu depuis la pandémie : que savait-on réellement dans les coulisses des institutions de santé publique et pourquoi certaines communications ont-elles été soustraites au regard du public?

Le Dr David Morens, ancien haut responsable du National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) et conseiller principal du Dr Anthony Fauci pendant la pandémie, a plaidé coupable le 18 août devant un tribunal fédéral du Maryland à une accusation de complot visant à frauder le gouvernement des États-Unis.

Ce plaidoyer de culpabilité est particulièrement important parce qu'il ne repose plus simplement sur des accusations politiques ou des soupçons : Morens reconnaît désormais sa responsabilité dans une affaire concernant la dissimulation de documents gouvernementaux.

Des communications à l'abri des demandes d'accès à l'information

Selon les procureurs fédéraux, Morens a notamment utilisé son adresse courriel personnelle pour mener certaines activités professionnelles et contourner les règles fédérales de conservation et de divulgation des documents.

L'objectif était notamment de soustraire certaines communications aux demandes déposées en vertu du Freedom of Information Act (FOIA), l'équivalent américain des mécanismes d'accès à l'information. Des documents liés aux subventions de recherche sur les coronavirus étaient concernés.

L'affaire touche notamment une subvention controversée concernant des recherches sur les coronavirus de chauves-souris et les discussions entourant son rétablissement après son annulation par les autorités américaines.

Autrement dit, alors que le monde entier cherchait à comprendre l'origine de la COVID-19 et que les décisions des autorités sanitaires avaient des conséquences majeures sur des milliards de personnes, certaines discussions au sein de l'appareil gouvernemental américain étaient volontairement gardées hors des circuits normaux de transparence.

Une question de confiance publique

Cette condamnation ne démontre pas, à elle seule, que la COVID-19 provenait d'un laboratoire, pas plus qu'elle ne prouve l'existence d'un vaste complot concernant la pandémie.

Elle démontre toutefois quelque chose de beaucoup plus concret : un haut responsable lié à l'une des principales institutions sanitaires américaines reconnaît avoir participé à des manœuvres destinées à empêcher certaines informations gouvernementales d'être accessibles au public.

Et cela mérite d'être examiné sérieusement.

Pendant des années, le débat sur l'origine de la COVID-19, le financement de recherches sur les coronavirus et les liens entre certaines institutions américaines et des recherches menées en Chine a été extrêmement polarisé. Aujourd'hui encore, les différentes agences de renseignement américaines ne sont pas toutes arrivées aux mêmes conclusions concernant l'origine du virus.

Et Anthony Fauci?

La proximité de David Morens avec Anthony Fauci donne évidemment une dimension supplémentaire à cette affaire. Morens a travaillé pendant de nombreuses années au NIAID et faisait partie de l'entourage professionnel de Fauci.

Fauci fait néanmoins l'objet d'une intense bataille politique et parlementaire aux États-Unis. En juillet, il a invoqué à de nombreuses reprises son droit constitutionnel de ne pas s'incriminer lors d'une comparution au Sénat. Des élus républicains réclament depuis des poursuites, tandis que Fauci et ses avocats dénoncent une campagne politique visant à le discréditer.

Pourquoi cette histoire mérite d'être suivie

Au-delà des divisions entre « pro » et « anti », cette affaire pose une question beaucoup plus fondamentale : dans une démocratie, les institutions publiques doivent-elles pouvoir décider elles-mêmes quelles informations le public est autorisé à connaître?

Les lois d'accès à l'information existent précisément pour éviter cela.

Lorsqu'un responsable gouvernemental reconnaît avoir tenté de contourner ces mécanismes, l'enjeu dépasse largement le débat sur la COVID-19. Il devient une question de transparence, de responsabilité institutionnelle et de confiance envers ceux qui prennent des décisions au nom de la population.

David Morens, 78 ans, risque jusqu'à cinq ans de prison. Sa sentence doit être prononcée le 12 novembre 2026.

Et au Québec?

Cette affaire américaine rappelle l’importance de pouvoir examiner, avec le recul nécessaire, les décisions prises durant une période exceptionnelle. Plusieurs années après la pandémie, le Québec gagnerait lui aussi à tenir une véritable enquête publique, indépendante et globale sur l’ensemble de sa gestion de la crise sanitaire. Une telle démarche permettrait d’entendre sous serment les principaux décideurs de l’époque, notamment François Legault, Horacio Arruda, Christian Dubé et les autres responsables concernés, afin de faire toute la lumière sur les décisions prises, les données disponibles, les communications internes et les mesures imposées à la population. Après une crise qui a bouleversé la vie de millions de Québécois, demander transparence et reddition de comptes ne devrait pas être controversé : cela devrait être démocratique.

À Radio Unicité, nous croyons qu'une information mérite d'être examinée même lorsqu'elle dérange. Ce dossier établit désormais devant la justice qu'il y a bel et bien eu des efforts pour soustraire certaines informations gouvernementales au regard du public. Et cela, en soi, mérite d'être connu.